Dans le cadre d’un cycle bouleversé par la crise sanitaire, l’Institut français du Japon s’est appuyé sur ses partenariats historiques avec des municipalités japonaises pour penser la résilience des villes et le rôle des communautés locales dans la réponse aux situations d’urgence. Le cycle a également abordé les effets de la pandémie sur les mobilités.

Depuis plusieurs années, l’Ambassade de France / Institut français du Japon organise en partenariat avec des entités japonaises et Véolia, des débats d’idées sur des thèmes liées à l’environnement et aux villes durables : 2015 : « Forum franco-japonais sur la transition écologique » (Tokyo) / « La ville numérique, nouveaux services et innovation ouverte » (Tokyo) / « Iles et changement climatique : réduire la dépendance énergétique » (Okinawa) / « Vers la ville à énergie positive: en route vers la COP21» (Tokyo); 2017 : « L’océan, trait d’union entre le Japon et le monde » (Nuit des Idées, Tokyo); 2018 : « L’entrepreneuriat social au service des territoires » (Fukuoka), « Quelle ville de demain pour les personnes âgées ? » (Tokyo) / « Consom’acteurs, prod’acteurs : soyons le changement ! » (Tokyo); 2019 : projections du documentaire « Dekiru, c’est possible ! », suivies de débats d’idées franco-japonais sur les initiatives locales en faveur de l’environnement (Tokyo, Fukuoka, Kyoto).

Dans la continuité de ces actions, le poste a organisé un cycle de débats intitulé « Imaginer des villes conviviales et durables », soutenu par le Fonds d’Alembert 2020.

Une première série de débats s’est tenue les 7 et 8 novembre 2020 dans le cadre de la semaine « Penser la résilience à l’ère du COVID-19 », en partenariat avec la municipalité de Yokohama. Dans ce cadre, panélistes japonais et français ont discuté des nouvelles formes de collaboration qui ont émergé dans leur pays respectif à l’aune de la crise du COVID lors d’une table-ronde intitulée « Innovation ouverte et résilience des villes à l’ère du Covid et pour un monde post-Covid ». Une seconde série de table-rondes a été organisée en partenariat avec le Living Lab  de la communauté de Totsuka à Yokohama afin envisager la résilience à partir des communautés locales. Elle a réunit participants japonais et participants français du monde de la recherche résidant au Japon lors de trois table-rondes:

  • Table ronde « care, soutien aux personnes âgées » : Léo Martial, doctorant à l’université de Yokohama sur les mobilités douces, Sophie Buhnik (géographe, UMIFRE)
  • Table ronde « santé » : Adrienne Sala (sociologue, UMIFRE), Bernard Thomann (historien des politiques sanitaires et sociales, directeur de l’UMIFRE)
  • Table ronde « enfants » : Muriel Jolivet, sociologue spécialiste des questions liées à la famille au Japon.

Un dernier débat intitulé « S’éloigner de la ville ? Discuter les effets de la pandémie de Covid-19 sur les mobilités et les transports en France et au Japon » s’est tenu à l’Institut français du Japon le 21 janvier 2021, en collaboration avec l’Institut français de recherche à la Maison franco-japonaise (UMIFRE 19 MEAE-CNRS).  Une centaine de personnes a pu visionner le débat avec traduction simultanée, en japonais sur YouTube et en français sur Facebook avec un public majoritairement japonophone. Sophie Buhnik, docteure en géographie et chercheuse associée à la MFJ, a modéré ce débat réunissant chercheurs et membres de la société civile, dont Christophe Enaux (professeur en géographie à l’Université de Strasbourg), Jean-Baptiste Frétigny (Maître de Conférences en géographie à l’université de Cergy), Akiko Sakanashi (professeure en économie des transports à l’Université Ritsumeikan) et Ryôsuke TOURA (directeur exécutif de la division en charge des stratégies de développement urbain du groupe ferroviaire Tokyû).

Un des objectifs principaux était de mesurer les conséquences à moyen terme de la pandémie sur les pratiques de déplacement, notamment dans des régions urbaines de taille moyenne à grande, comme Tokyo, Osaka, Paris ou Strasbourg, où la densification autour des grandes gares était privilégiée afin de favoriser le recours aux transports collectifs et ainsi diminuer l’empreinte carbone des trajets quotidiens. Le confinement pouvant être la matrice d’une nouvelle vague d’étalement urbain (en stimulant l’habitat pavillonnaire avec jardin moins dense, plus proche des espaces ruraux et forestiers), il encourage plutôt un nouvel essor des trajets individuels (en voiture). Comment les opérateurs publics et privés (compagnies de train, de bus…) s’adaptent à cette évolution en France et au Japon ? Les informations commentées par les intervenant(e)s soulignaient les pertes financières sévères liées à la désertification des aéroports et à la forte chute des déplacements en train (entre 40 et 60% en moyenne pour l’ensemble des compagnies opérant sur la région de Tokyo), mais aussi l’essor du vélo et de la marche à pied en centre-ville comme en couronne de banlieue. C’est ce qui a poussé à consolider un réseau de pistes aboutissant à la constitution d’un « RER vélo » dans Paris. Par ailleurs, un des défis logistiques pour les opérateurs de grandes infrastructures consiste à préparer un retour à un trafic d’au moins 80% de celui d’avant la pandémie, ce qui au Japon est aussi rendu difficile par le décroît naturel de la population. Dans ces conditions, la crise du Covid-19 relance aussi l’enjeu de la gratuité universelle des transports en commun, notamment dans des villes moyennes, dont les intervenant(e)s ont analysé les avantages et les limites.